Extrait

Chapitre 1

VIE. DE. Merde.
Dex ferma les yeux, souhaitant qu’il ne s’agisse de rien d’autre qu’un rêve étrangement fertile, duquel il se réveillerait d’un moment à l’autre et où tout reviendrait à la normale. Quand il les ouvrit, rien ne changea, bien sûr. Il passa davantage d’eau sur son visage pour tenter d’apaiser la tension, mais cela n’aida pas. Il ne s’y était pas attendu non plus. Après avoir essuyé le surplus d’eau, il prit un instant pour observer sans complaisance l’homme dans le miroir. Le mec qui le regardait ne ressemblait à rien : pâle, avec des cernes brunâtres sous les yeux qui lui donnaient l’air d’avoir pleuré ou consommé du crack. Un tas de nuits blanches étaient sans aucun doute impliquées là-dedans. Dex n’aimait pas le mec dans le miroir. Quel connard !

– Est-ce qu’ils sont dehors ?

Sa voix était rauque, comme si se réveiller – d’un sommeil profond ou d’un autre genre – avait été depuis longtemps hors de sa portée.

Une main atterrit sur son épaule pour lui offrir une pression de sympathie.

– Oui. Tu te souviens de ce dont nous avons parlé ? Dès que tu en as assez, tu t’en vas.

Dex laissa échapper un grognement. Il était trop tard pour tourner les talons. Six mois trop tard. Il se redressa et arracha une serviette en papier du distributeur automatique. C’était comme se sécher avec du papier journal, les mêmes journaux qui placardaient sa photo partout dans leurs pages. Des clichés qui étaient passés par un filtre Photoshop à la con pour le faire ressembler encore plus à un connard. Il jeta le papier dans la poubelle et resta là, trouvant difficile de faire face à son avocat.

– Hé, regarde-moi.

Littman avança vers lui et lui tapota la joue.

– Tu as fait ce qu’il fallait.

Alors Dex leva les yeux, cherchant quelque chose, quoi que ce soit qui pourrait aider la douleur à s’en aller ne serait-ce qu’un instant.

– Dans ce cas, pourquoi j’ai l’impression d’être une merde ?

– Parce qu’il était ton ami, Dex.

– Exactement. Et je l’ai balancé. Quel ami !

Il retourna s’appuyer sur le lavabo. Ses doigts agrippaient si fermement la porcelaine que ses jointures en souffraient.

– Merde !

Ce fils de pute ! Mais à quoi Walsh avait-il pensé ? Apparemment à rien, sinon aucun d’eux ne serait dans cette pagaille aujourd’hui. Ou pire, peut-être que Walsh avait réfléchi à tout ça. Peut-être avait-il été si certain que Dex le couvrirait qu’il avait juste pensé : ‘rien à foutre’.

Dex ferma les yeux, essayant d’effacer le visage de l’homme de son esprit, mais il pouvait toujours le voir très clairement. Ce visage allait hanter ses rêves pendant longtemps. Le mélange de colère et de douleur quand le verdict avait été rendu – colère contre Dex, et douleur provoquée par ce qu’il avait fait – s’était affiché à la vue du monde, et surtout de Dex.

– Non, insista Littman. Il s’est mis là-dedans tout seul. Tu n’as fait que dire la vérité.

La vérité. Comment faire la bonne chose pouvait-il tourner aussi foutrement mal ? Cela avait-il même été la bonne chose à faire ? À l’époque, il l’avait cru. Maintenant il n’était plus si sûr. De toute façon, il ne pouvait pas se cacher dans les toilettes toute sa vie.

– Finissons-en.

Il prit plusieurs inspirations profondes et suivit Littman dans le couloir. Au moment où il mit un pied dehors, une nuée de sauterelles afflua vers lui, leurs microphones bourdonnants, dictaphones et smartphones en main, les flashes se déclenchant, les caméras filmant, une litanie de questions volant vers lui de toutes les directions. C’était comme se retrouver sous l’eau et entendre tout le monde hors de la piscine crier et hurler alors qu’il s’y enfonçait comme une pierre, aucun son discernable, seulement des bruits étouffés. Littman vint se placer à ses côtés, une main dans son dos pour lui donner du courage, l’autre levée vers la foule en une vaine tentative de ramener l’ordre dans le chaos.

– L’inspecteur Daley fera de son mieux pour répondre à vos questions, mais un seul à la fois, s’il vous plaît !

Un homme grand aux cheveux gris dans un costume coûteux se fraya un passage à travers ses camarades rassemblés, ignorant leurs grognements murmurés de mécontentement, pour placer un micro devant Dex. Une demi-douzaine le rejoignit encore plus rapidement.

– Inspecteur Daley, que diriez-vous à tous les humains qui pensent que vous avez trahi les vôtres ?

Au moins, il avait été préparé à celle-là. Dex boutonna sa veste et la lissa, le geste lui accordant quelques secondes pour se calmer et rassembler ses pensées. Il croisa le regard du journaliste.

– J’ai rejoint les Forces de Police Humaine pour faire une différence, et parfois cela demande de faire des choix difficiles. J’ai choisi de dire la vérité. Personne n’est au-dessus de la loi, et mon travail est de l’appliquer.

Une femme blonde dans un tailleur-pantalon bleu marine sur mesure renchérit rapidement.

– Est-ce parce que votre frère est therian ? Êtes-vous un Sympathisant LiberTherian ?

Ce n’était pas la première fois qu’il était accusé d’une telle chose. Avoir un frère therian était l’unique raison pour laquelle les Forces de Police Humaine avaient mis plus de temps que nécessaire à étudier son dossier quand il avait postulé dix ans plus tôt. Si son père n’avait pas été un inspecteur respecté dans la police, Dex était certain que son profil n’aurait même pas été examiné, et qu’il aurait encore moins été engagé. Savoir ce qu’on pensait de son frère aurait dû être suffisant pour lui faire tourner les talons, mais c’était ces mêmes individus obtus que Dex avait voulu atteindre. C’était la raison pour laquelle il avait rejoint les FPH, pour continuer à faire une différence depuis l’intérieur, comme son père avant lui. Il s’avéra que c’était bien plus difficile qu’il se l’était imaginé, mais cela ne réussit qu’à renforcer sa détermination.

– Mon frère et moi partageons les mêmes croyances quand il s’agit de justice. Nos pères nous ont appris à traiter les Therians et les Humains comme des égaux. J’ai peut-être l’esprit ouvert, mais mon opinion tranchée sur la justice pour les deux espèces est loin de faire de moi un sympathisant.

Un homme aux cheveux brun avec un sourire hypocrite poussa son smartphone contre le visage de Dex, le frappant presque dans les dents. Son expression disait clairement à Dex qu’il s’en serait fichu si cela avait été le cas. Dex fit un pas en arrière calmement, les muscles de sa mâchoire se contractant.

– Inspecteur Daley, pourquoi n’avez-vous pas rejoint votre père et votre frère au THIRDS ? Est-ce parce que vous n’avez pas été reçu ?

Dex retourna son sourire au connard.

– Je ne sais pas combien vous payez vos sources, mais c’est trop. Je n’ai jamais postulé au THIRDS.

– Mais vous avez quand même suivi leur entraînement.

– On m’a offert l’opportunité de suivre la formation de trois semaines dans l’espoir que je reconsidère ma candidature. Je m’y suis soumis par politesse envers ma famille, et je l’admets, une part de moi voulait savoir si j’étais à la hauteur du défi.

Et bon Dieu, ça n’avait pas été une partie de plaisir ! Trois semaines d’entraînement physique intense et d’exercices de renforcement des compétences, de descentes en rappel et d’escalades, de rappels pendulaires depuis des hélicoptères, de procédures d’intervention et de progression dans des lieux clos, de reconnaissance de bâtiments, de combats rapprochés, et de formation aux armes tactiques. Dex avait été poussé dans ses retranchements, et quand il avait pensé qu’il ne pouvait en faire plus, il avait été forcé de chercher plus profondément en lui et de donner dix pour cent supplémentaires. Cela avait été les trois semaines les plus éreintantes, exigeantes et psychologiquement stressantes de toute sa vie. Rien de ce qu’il avait fait depuis ne s’était approché de ce qu’il avait traversé durant ces trois semaines, même pas l’entraînement à l’académie des FPH.

Les agents du THIRDS étaient les fils de putes les plus coriaces qui soient, et Dex avait voulu se prouver à lui-même qu’il pouvait pénétrer dans leur antre. Mais les rejoindre ? C’était tout autre chose.

– Vous avez réussi ?

Dex ne put empêcher sa fierté de transparaître.

– Premier de la promotion.

– Allez-vous postuler maintenant ? demanda un autre journaliste.

– J’ai l’intention de continuer à offrir mes services aux FPH.

– Et s’ils ne veulent pas de vous ? Pensez-vous qu’ils ont perdu leur confiance en vous sachant que vous avez aidé à envoyer un homme bon, un de leurs propres frères, en prison ?

Et ça y était.

Dex tourna la tête pour murmurer le nom de Littman. Son avocat sourit largement et leva une main.

– Merci à tous d’être venu. Je crains que ce soit tout le temps que l’inspecteur Daley puisse vous consacrer. S’il vous plaît, respectez-le et sa famille pendant cette période difficile.

– Et qu’en est-il de l’inspecteur Walsh et de sa famille ? Leur avez-vous parlé ? Que ressent-elle après ce que vous avez fait ?

Dex pataugea dans la piscine toxique de personnes en quête d’informations, refusant de penser aux coups de téléphone et aux messages blessants et haineux de la famille de Walsh. Des gens avec lesquels il avait une fois partagé des barbecues. Il avait assisté à leurs petites rencontres sportives. Il n’avait jamais voulu leur apporter tant de douleur, leur enlever leur fils, leur mari, leur père. Faire les frais de leur colère était le moins que Dex méritait.

– Inspecteur Daley ! Inspecteur !

Il ignora l’avalanche de questions, depuis ce que son propre compagnon pensait de toute cette affaire jusqu’à savoir si sa carrière avec les FPH était officieusement terminée ou non, et tout ce qu’il y avait entre les deux. Il ne penserait à rien de tout cela maintenant. Tout ce qu’il voulait, c’était rentrer chez lui vers ledit compagnon et peut-être pleurer un peu.

Dex marcha aussi vite et calmement que possible avec Littman à ses côtés, faisant une ligne droite vers l’entrée nord de la section criminelle de la Cour Suprême. Dehors, les équipes de journalistes essayèrent de le bousculer, et les officiers firent de leur mieux pour contrôler la foule grandissante. Les grilles de chaque côté de la sortie se révélèrent seulement être une nuisance, le piégeant alors qu’il essayait de franchir le rassemblement. Les marches étaient bloquées, alors Dex attrapa Littman par le coude et le pressa contre la rampe de fortune sur le côté. Dieu merci, ils avaient une voiture qui les attendait.

Dex essaya d’être gentil pour obtenir des journalistes qu’ils reculent afin qu’il puisse se glisser sur le siège arrière. Quand deux connards essayèrent de s’incruster, Dex n’eut pas d’autre choix. Il attrapa leur smartphone et les jeta dans la foule derrière eux.

– Vous allez payer pour ça ! cria l’un d’eux alors qu’il se précipitait pour retrouver son appareil.

– Envoie-moi la facture !

Dex grimpa dans la voiture et claqua la porte derrière lui. La berline démarra et il s’affala contre le cuir immaculé, laissant échapper un long soupir audible. Enfin, c’était fini. Pour le moment, en tout cas.

– Tu es sûr que tu ne veux pas être déposé chez toi ?

Littman avait l’air presque aussi hagard que Dex.

– Nan, le parking me va très bien. Je dois rendre la voiture de location de toute façon.

– Tu sais, j’aurais été heureux de venir te chercher et de te raccompagner chez toi.

– Je sais.

Dex regarda par la fenêtre alors qu’ils roulaient sur Center Street, tournaient à gauche sur White et descendaient Lafayette. Quand ils prirent à droite sur Worth avec le Starbucks au coin de la rue, Dex se languit d’un authentique café mousseux.

– J’avais besoin de conduire un peu avant d’aller au tribunal. D’écouter de la musique, d’essayer de me détendre.

Il s’était assuré de louer une voiture avec les fenêtres teintées les plus sombres et un système audio qui déchirait. La musique était probablement la seule chose qui l’avait empêché de devenir dingue durant toute cette épreuve, surtout avec l’agenda chargé de son compagnon. Ça aurait été chouette d’avoir Lou ici avec lui, mais il comprenait qu’il ne pouvait pas tout laisser tomber pour lui. Ils avaient tous les deux des carrières exigeantes et parfois des sacrifices devaient être faits. Pourtant…

– Je comprends. Tu devrais faire profil bas pendant un temps, jusqu’à ce que tout ça retombe. On parle de cette héritière – celle qui a eu une aventure pas si secrète avec son entraîneur personnel therian, qui est enceinte, et ‘Papa’ ne prend pas ça très bien. Ça devrait occuper les vautours pendant un moment. Je te suggère de prendre quelques vacances, peut-être de surprendre Lou avec une jolie petite suite dans les Bahamas, par exemple.

En un rien de temps, la voiture s’arrêta le long du trottoir devant l’épicerie juste à côté du parking, et Dex trouva le courage de sourire, tendant la main au vieil ami de son père.

– Merci. J’apprécie tout ce que vous avez fait pour moi.

– Tu sais que je suis toujours là si tu as besoin de moi.

Littman prit sa main dans la sienne et la tapota.

– Dex ?

– Ouais ?

– Il aurait été fier de toi.

La pensée lui noua gorge.

– Vous croyez ?

Littman acquiesça, la conviction dans ces mots faisant son chemin pour le lui assurer.

– J’ai bien connu ton père. Crois-moi. Il aurait été fier. Et Tony l’est aussi. Il m’a laissé environ dix messages me demandant comment tu allais. Ton frère est probablement malade d’inquiétude lui aussi.

Dex retira sa main pour sortir son téléphone de sa poche et rigola aux quinze appels manqués de sa famille. Il le souleva.

– Vous croyez ?

– Appelle ta famille avant que Tony se mette à ta recherche.

– Je les appellerai tous les deux dès que je serai rentré. Merci.

Après avoir salué Littman, Dex le remercia encore une fois de l’avoir aidé à garder sa santé mentale dans toute cette folie, et ce qui restait sûrement à venir. Il se dirigea vers la voiture de location dans le garage. Il n’était pas assez stupide pour conduire son précieux bébé jusqu’au palais de justice. Il était difficile de semer les médias dans une Dodge Challenger orange nacrée. S’ils n’avaient pas été en ville, il les aurait laissés manger la poussière de ses roues, mais puisqu’ils étaient en ville, ça aurait fait de lui une cible facile.

Dès qu’il eut contourné la voiture de location pour atteindre le côté conducteur, il fut doublement reconnaissant de ne pas avoir amené sa voiture, mais il n’en fut pas moins énervé. Quelqu’un avait tailladé son pneu arrière.

– Vous vous foutez de moi, merde !

Il donna un coup de pied dans le pneu comme si cela pouvait le réparer. Bon sang, il aurait dû laisser Littman le reconduire chez lui. Tout ce qu’il voulait, c’était rentrer, manger quelque chose et végéter sur le canapé. Que Dieu soit remercié pour les Autos Club. Il allait attraper son téléphone dans sa poche quand quelqu’un de l’autre côté du parking l’appela.

– Inspecteur Daley !

Instinctivement, il leva les yeux. Une fraction de seconde plus tard, l’air quitta ses poumons quand quelque chose de solide le frappa entre les omoplates. Il trébucha en avant, un coup dans la cuisse le mettant à genoux, avec un grognement de douleur. Trois grands humains se tenaient autour de lui avec des gants et des masques de ski noirs. Merde, d’où venaient-ils ? Dex se déplaça avec l’intention de se remettre debout quand quelqu’un le frappa dans l’estomac, lui coupant à nouveau le souffle. Il atterrit durement sur le côté, tenant ses côtes meurtries et son estomac, les dents serrées alors qu’il respirait avec difficulté par le nez.

– Tu as merdé, Daley. Tu n’aurais pas dû témoigner contre ton partenaire.

– Je vous emmerde, cracha Dex.

Un autre coup de pied lui confirma qu’ouvrir sa gueule n’était pas souhaité. Ils ne le connaissaient pas, apparemment. Avec un gémissement, il se pencha légèrement pour avoir un aperçu de leurs vêtements soignés. Peut-être le connaissaient-ils, en fait.

– Qui vous a envoyé ?

Il n’avait pas besoin de le savoir. Qui plus est, il s’en fichait. Il voulait seulement assez de temps pour découvrir à qui il avait affaire.

– La race humaine, gronda l’un d’eux.

Dex laissa échapper un rire. Quel con ! Il ne lui avait pas fallu longtemps pour mettre les pièces en place après avoir remarqué les pantalons noirs de ville et les chaussures cirées du gang. Avec un juron, il bascula en avant pour presser son front contre l’asphalte. Le plus surprenant dans cette rencontre, c’était que cela ne soit pas arrivé plus tôt. Au moins, ils n’allaient pas le tuer, seulement le faire saigner un peu.

– Eh bien, j’ai eu le message, vous pouvez tous rentrer maintenant. Vous avez fait votre devoir.

Il reçut un coup au bras avec la matraque en acier brillant ; probablement le même objet qu’ils avaient utilisé pour le frapper dans le dos. Purée, il allait le sentir passer demain !

Ils le remirent debout, deux hommes le tenant par les bras alors que le troisième venait se placer devant lui. Dex ferma les yeux et se prépara, son esprit lui reprochant d’être un tel lâche. Le coup de poing atterrit droit sur sa mâchoire, envoyant valser sa tête d’un côté et lui ouvrant la lèvre. Meeerde, ça faisait mal. Il passa la langue sur ses dents pour s’assurer qu’il n’avait rien perdu. Non, rien du tout, mis à part le goût métallique de son propre sang.

– Hé ! FPH ! Mettez vos mains où je peux les voir !

Les humains déguerpirent et les genoux de Dex le lâchèrent. Des mains fortes l’attrapèrent, l’aidant à rester sur ses pieds. Son dos le faisait souffrir, son bras, sa cuisse et son visage pulsaient des coups qu’il avait reçu, et son estomac se retournait de savoir qu’il n’avait rien fait.

– Daley, ça va ?

Dex reconnut cette voix. Il leva les yeux, perplexe de trouver son collègue des Homicides, l’inspecteur Isaac Pearce, en train de le soutenir, l’inquiétude gravée sur son visage.

– Pearce ?

Pearce l’amena jusqu’à la voiture de location et l’appuya contre elle en faisant une rapide évaluation des dégâts. Rassuré sur le fait que Dex puisse tenir debout, il balaya le garage des yeux, mais les agresseurs étaient partis depuis longtemps. Il reporta son attention sur Dex.

– Ça va ?

– Ouais. J’aimerais pouvoir en dire autant de mon costume.

Dex se redressa, grimaçant à la vive douleur qui traversa son corps.

– Qu’est-ce que tu fais ici ?

– Les convocations habituelles, mais mon gars ne s’est pas montré. C’était une belle journée et je me suis dit que j’allais aller faire un tour. Je suis content d’être parti quand je l’ai décidé.

– Ouais, moi aussi.

Dex laissa échapper un petit rire puis grimaça à la pointe de douleur que cela amena à sa lèvre. Tony allait péter un plomb.

– Aucune idée de qui ils étaient ? demanda Pearce avec inquiétude.

Si.

– Non.

Dex secoua la tête, se frottant les mains sur son pantalon.

– Juste des humains en colère.

Il en avait déjà bien assez sur les mains sans s’attirer des emmerdes d’un tout autre niveau sur la tête.

– Pour être honnête, là tout de suite, je veux juste rentrer chez moi.

– Je ne t’en blâme pas.

Pearce fit un mouvement de tête vers le pneu tailladé.

– Tu veux que je te dépose ?

S’il appelait l’Auto Club maintenant, Dex devrait attendre que quelqu’un arrive – parce qu’il n’avait certainement pas la force ni la volonté de changer le pneu lui-même – attendre qu’ils le changent, puis reconduire la location chez le concessionnaire. Ou, s’il pouvait accepter l’offre de Pearce, s’inquiéter de la voiture plus tard.

– J’apprécierais grandement que tu me déposes.

– Super.

Pearce lui adressa un grand sourire.

– Je suis garé par là-bas.

Avec un ‘Merci’ murmuré, Dex accompagna Pearce à sa voiture, une Lexus argentée plus digne d’un inspecteur des Homicides. C’est du moins ce que son ancien partenaire Walsh aurait pensé. Le mec n’avait jamais approuvé les goûts de Dex. En y repensant, Walsh faisait toujours des commentaires sarcastiques à propos de ses tendances à se croire ‘unique et spécial et méritant plus d’attention que les autres’. Il n’y avait pas fait très attention, mais à la lumière des récents événements, il était possible que Walsh ait toujours été un connard enclin à la critique. Dex avait-il simplement fermé les yeux sur tout ça ? Et si Dex le lui avait fait remarquer plus tôt ? Auraient-ils pu tous les deux s’épargner la situation actuelle ?

– Ça va ? demanda Pearce une fois encore dès que Dex fut installé à côté de lui sur le siège passager.

– Ouais, désolé. J’essaye toujours de comprendre ce qui s’est passé.

– Pourquoi ne pas mettre de la musique ? Détends-toi un peu. Je te laisserai même choisir la station.

Dex émit un sifflement bas alors qu’il bouclait sa ceinture de sécurité.

– Tu vas regretter de m’avoir donné ce genre de pouvoir.

Il alluma la radio et navigua sur l’écran tactile jusqu’à tomber sur Retro Radio. Dex sourit en grand à l’attention de Pearce, remuant ses sourcils quand Billy Ocean se mit à chanter Get Outta My Dreams, Get Into My Car d’une voix tonitruante dans les enceintes. Pearce lui jeta un coup d’œil comme s’il avait perdu l’esprit et Dex rit.

– Je t’avais dit que tu le regretterais.

Avec un petit rire, Pearce quitta le garage.

– Où va-t-on ?

– West Village, Barrow Street.

Malgré le conseil que lui donna Bobby McFerrin quelques minutes plus tard de ne pas s’inquiéter et d’être heureux, Dex trouva cela difficile. Si seulement c’était facile, Bobby. Si seulement.

La descente de la Sixième Avenue fut calme, principalement remplie de chansons rythmées et d’électro pop de l’ère des justaucorps fluo, des coupes mulet et des épaulettes d’une envergure capable de rivaliser avec celle d’un Boeing 747. Dex appréciait que Pearce le laisse zoner dans sa bulle au lieu d’essayer de lui faire la conversation pour passer le temps. C’était bizarre, de se trouver dans la voiture de Pearce avec lui. Ils ne s’étaient jamais adressés plus que les salutations usuelles au bureau alors qu’ils travaillaient tous les deux au service des Homicides du commissariat des FPH de la Sixième Avenue. Il fallait savoir, cependant, que Pearce s’était replié sur lui-même après avoir perdu son frère plus d’un an auparavant, et personne au commissariat ne pouvait le blâmer. Ayant un jeune frère lui-même, Dex pouvait imaginer à quel point cela avait dû être difficile pour ce pauvre gars.

La circulation n’était pas trop mauvaise à cette heure du jour, ralentissant principalement près du parc de Tribeca et de quelques points le long de la Sixième Avenue. Moins de dix minutes plus tard, ils roulaient sur la très fréquentée Bleecker Street. Peut-être qu’il pouvait convaincre Lou de lui prendre un hamburger et des frites chez Five Guys au coin de la rue. C’était dangereux que cet endroit soit aussi proche de chez lui. Ils s’arrêtèrent devant la Brownstone de Dex et Pearce se tourna vers lui avec un sourire.

– Eh bien, nous y voici.

– Merci de ne pas m’avoir éjecté de ta voiture, dit Dex, en éteignant la radio.

– Je dois admettre que je n’en étais pas loin quand Jefferson Starship a commencé à chanter, mais ensuite je t’ai vu battre la mesure d’une main, et tu avais ce sourire idiot sur le visage… je n’en ai pas eu le cœur.

Dex émit un petit rire étranglé et s’adossa dans son siège, souriant quand Pearce se mit à rire.

– Tu es un mec bizarre.

Le sourire de Pearce s’évanouit, et il eut soudain l’air un peu embarrassé.

– Ça te dirait de prendre un café un de ces jours ?

– Bien sûr.

Dex essaya de ne pas laisser transparaître la surprise dans sa voix.

– Je sais que nous n’avons jamais échangé plus de quelques mots, mais tu es un type sympa, Daley.

Ses sourcils se rapprochèrent sous le froncement d’inquiétude, le faisant paraître plus vieux qu’il l’était. Dex était à peine plus jeune que Pearce de quelques années, mais leur boulot ne leur permettait pas exactement de vieillir en beauté.

– Sois prudent. Je détesterais…

La voix de Pearce se brisa et il s’éclaircit la gorge.

– Je détesterais que tu sois blessé par tout ça. Mon frère, Gabe, croyait en ce qu’il faisait et regarde où ça l’a conduit.

Dex fronça les sourcils, essayant de raviver ses souvenirs de l’incident. Il se rappela que cela avait été particulièrement dur pour Pearce, de ne pas avoir accès au dossier. Mais puisque Gabe avait été un agent THIRDS, les FPH n’avaient pas la juridiction.

– Je pensais que le mec impliqué était un informateur humain ?

Pearce secoua la tête.

– C’était un informateur des FPH, mais il n’était pas humain. C’était un Therian. Un gamin.

Merde. Le frère de Pearce avait été tué par un informateur therian et il était là, à venir en aide à un mec qui avait témoigné contre son partenaire humain en faveur d’un jeune voyou therian.

– Alors pourquoi tu ne me colles pas une raclée, toi aussi ?

Un profond froncement de sourcils barra le visage de Pearce.

– Si ton partenaire était assez stupide pour laisser ses préjugés affecter son jugement, il mérite ce qu’il a eu. En vérité, je t’admire. Tout le monde n’aurait pas eu les couilles de faire ce que tu as fait. Ce qui est arrivé à Gabe… était différent.

Il soupira, son expression troublée.

– Je dis juste de surveiller tes arrières. Il y a beaucoup de fanatiques là dehors qui cherchent n’importe quelle excuse pour mettre leur propre justice à exécution et les choses ont empiré depuis que ce deuxième HumaniTherian a été retrouvé mort il y a quelques mois. Certains de ces humains cherchent à faire couler le sang.

Pearce n’avait pas tort sur ce point. Deux activistes HumaniTherians avaient été assassinés au cours des six derniers mois et les preuves pointaient vers un coupable therian, ce qui voulait dire que la juridiction tombait aux mains du THIRDS. Même si l’organisation faisait de son mieux pour rassurer le public, une tempête se préparait entre Humains et Therians, surtout s’ils n’attrapaient pas très vite celui qui était derrière tout ça. Le témoignage de Dex contre son partenaire n’aurait pas pu arriver au pire moment.

– Merci pour l’avertissement, Pearce.

Dex sortit de la voiture et ferma la porte derrière lui, faisant un pas de côté pour faire signe à Pearce alors qu’il redémarrait. Dès que le mec fut parti, Dex laissa échapper un soupir de soulagement. Il aimait sa petite rue tranquille bordée d’arbres. Avec un sourire, il grimpa péniblement les marches jusqu’à sa porte d’entrée. Enfin chez lui ! Il mit la clé dans la serrure, la tourna, et poussa la porte, déconcerté quand elle buta sur quelque chose à mi-chemin. Seigneur, quoi maintenant ? Quelque chose de lourd était coincé contre elle. Avec un grognement de frustration, il l’ouvrit en forçant et fit prudemment dépasser sa tête à l’intérieur, fronçant les sourcils quand il vit le grand carton ouvert rempli de DVD, de CD, et d’un tas d’autres choses qui auraient dû se trouver dans son salon. Un cambriolage fut sa pensée première, sauf qu’il n’avait jamais surpris de voleurs qui s’arrêtaient pour envelopper de papier bulle leur marchandise volée.

– Lou ?

Dex verrouilla la porte derrière lui et s’aventura dans le salon, la bouche grande ouverte devant l’état presque vide de la pièce et les nombreux cartons qui jonchaient le sol à différents niveaux de remplissage. Quelque chose heurta le sol à l’étage avec un bruit sourd et Dex se rua dans les escaliers en les prenant quatre à quatre.

– Bébé ?

Dex trouva son compagnon de quatre ans dans leur chambre en train de jeter des chaussures dans des boîtes vides.

– Que se passe-t-il ?

– Je déménage.

Les mots frappèrent Dex comme un coup de poing à l’estomac, une sensation qui devenait bien trop familière à son goût ces derniers jours.

– Quoi ?

Il manœuvra rapidement à travers les obstacles que représentaient les boîtes en carton et les sacs dispersés dans la pièce pour attraper les bras de son petit ami et le retourner pour lui faire face.

– Mon cœur, arrête une seconde. S’il te plaît, parle-moi.

Il leva la main pour la poser sur la joue de Lou, seulement pour voir ce dernier détourner la tête. Aïe. Double coup dans le ventre imprévu. Mettant de côté le rejet pour plus tard, il se concentra pour aller au fond de cette histoire.

– Lou, s’il te plaît.

– Les appels téléphoniques non-stop, les journalistes qui frappent à la porte, les reporters à la télévision qui te traitent de honte pour ton espèce. Je ne peux plus le supporter, Dex.

La culpabilité le balaya et il relâcha Lou. Combien d’autres victimes y aurait-il parce qu’il avait fait ‘la bonne chose’ ?

– Laisse un peu de temps à tout ça. Ça va se tasser. Pourquoi n’irions-nous pas quelque part loin d’ici, tous les deux, hein ?

Lou secoua la tête et retourna emballer ses affaires.

– Je dois penser à ma vie. J’ai déjà perdu une demi-douzaine de clients. Je ne peux pas me permettre d’en perdre davantage.

– On est à New York, Lou. S’il y a une chose dont tu ne manqueras jamais, c’est de fêtes dont tu pourras t’occuper. Nous sommes presque en septembre, tu n’auras pas le temps de souffler qu’on sera déjà à Halloween et tu seras jusqu’aux genoux dans les fantômes en chocolat blanc et les sculptures de pierres tombales en glace, en train de dire à tes clients à quel point c’est une mauvaise idée d’organiser une fête dans un véritable cimetière.

Quand son approche légère échoua, Dex sut que c’était sérieux. Bien sûr, pour la plupart des gens, les boîtes emballées auraient été un sacré indice révélateur, mais Dex n’était pas la plupart des gens. Il refusait de croire que Lou lui tournerait le dos quand il avait le plus besoin de lui.

– Et moi ? Ne suis-je pas une partie de ta vie ?

Dex fut pris de court quand Lou se retourna vers lui, la colère flambant dans ses yeux noisette.

– Tu as envoyé ton partenaire en prison, Dex !

Incroyable. Ce n’était pas assez qu’il l’entende de tous les autres, maintenant il l’entendait aussi à la maison ? Dex commençait à grandement se fatiguer d’être traité comme un criminel.

– Je ne l’ai pas envoyé en prison. Les preuves contre lui l’ont fait. Il a tiré sur un gamin désarmé, dans le dos, et il l’a tué, pour l’amour du ciel ! En quoi suis-je le connard dans toute cette histoire ?

Il regarda Lou dans les yeux, cherchant un signe quelconque de l’homme qui l’avait réveillé au milieu de la nuit simplement pour lui dire combien il était heureux d’être là avec lui.

– Ce n’est pas comme si tu pouvais ramener le gamin. Sans mentionner que c’était un délinquant et un Therian !

La colère de Dex se transforma en choc.

– Waouh, mais bon Dieu, Lou ! Alors ça rend les choses acceptables ? Et Cael ? Il est Therian. Tu n’as jamais eu de problèmes avec lui.

Au moins, Lou eut la décence d’avoir l’air honteux.

– C’est ta famille. Je n’avais pas le choix.

Dex tombait complètement des nues. Il aimait Cael. Il ne repousserait jamais son frère pour personne. Il avait été honnête à propos de son frère therian quand Lou et lui avaient commencé à sortir ensemble. Si l’homme qu’il fréquentait ne pouvait pas accepter Cael, alors il ne pouvait accepter Dex.

– D’où est-ce que ça sort ? Depuis quand as-tu un problème avec les Therians ?

– Depuis que l’un d’eux a ruiné ma putain de vie !

Lou jeta une paire de baskets dans l’un des cartons avec une telle force que la boîte bascula.

Ta vie ?

Cette conversation devenait de plus en plus étonnante à mesure que les minutes passaient. Dex pointa un doigt vers lui-même.

– As-tu vu mon visage ? Je viens de me faire tabasser dans un parking, merci de l’avoir remarqué. Si un collègue inspecteur ne s’était pas montré, je serais probablement à l’hôpital comme maintenant. Et tu sais qu’elle est la partie la plus tordue de tout ça ? Ce n’était même pas des voyous. C’était des putains de flics !

Dex l’avait su au moment où il avait vu leurs vêtements et les signes distinctifs d’un étui de cheville sur l’un d’eux. Les salauds avaient probablement assisté au procès.

Lou leva les bras de frustration.

– Tes propres copains flics ne veulent rien avoir à faire avec toi et tu t’attends à ce que je fasse comme si de rien n’était ? Que j’ignore tous ceux qui me regardent en disant : ‘Oh, voilà le compagnon de ce connard. C’est probablement un sympathisant LiberTherian lui aussi’. Je ne veux pas me faire tabasser, Dex.

– Oh mon Dieu, sérieusement ?

Les humains aimaient jeter des mots comme HumaniTherian et LiberTherian en l’air comme si c’étaient des insultes. Sa profonde croyance que les Therians et les Humains méritaient d’être traités de la même façon faisait de lui un HumaniTherian, même s’il n’était pas dehors en train de faire le piquet sur la pelouse de la Maison-Blanche, et il était d’accord avec ça. Mais cela ne faisait pas de lui un LiberTherian. Il était loin d’être un anarchiste, et considérant qu’il était un représentant de la loi, il n’avait jamais eu de problèmes avec l’autorité, bien qu’il ne la suive pas aveuglément non plus. Il détestait quand quelqu’un essayait de le mettre dans une petite boîte avec une étiquette collée sur son cul. Comme si tout était noir ou blanc.

Faisant appel à sa patience du mieux qu’il put, bien que ses réserves soient presque épuisées, il prit la main de Lou et le tira vers leur immense lit. Lou s’autorisa à être conduit jusque-là, mais refusa de s’asseoir, ou même de le regarder dans les yeux.

– Tu te soucies donc à ce point de ce que les gens pensent ?

Pas de réponse. Dex supposait qu’il ne pouvait pas l’en blâmer. Les choses étaient tellement sens dessus dessous qu’il ne savait plus distinguer l’endroit de l’envers.

– Ce n’est pas seulement le procès.

Dex déglutit avec difficulté, se demandant quelles nouvelles surprises Lou avait en réserve. Bien sûr, ils se disputaient parfois, mais pas plus que n’importe quel autre couple. Ils s’amusaient tous les deux quand leur travail le leur permettait, bien que maintenant qu’il y pense, cela faisait un moment qu’ils n’avaient pas profité d’un jour de congé ensemble. Lou avait été aussi occupé ces derniers jours avec sa carrière que Dex l’avait été avec la sienne, mais aucun d’eux ne se plaignait jamais de ne pas passer assez de temps ensemble. Peut-être que c’était le problème. Il pouvait remédier à cela, cependant. Il pouvait prendre des congés et emmener Lou dans un endroit sympa, avec des plages de sable blanc et des cocktails. C’était du moins ce qu’il pensait jusqu’à ce qu’il voie le visage de Lou.

C’était fini.

– Je suis désolé. Je ne peux plus. Je ne peux pas continuer à être laissé derrière ; assis là tout seul jusqu’à ce que le soleil se lève pendant que tu te jettes en première ligne chaque fois que tu en as la chance.

La douleur dans les yeux de Lou ne fit qu’ajouter à la culpabilité de Dex.

– C’est mon travail, répondit Dex calmement, épuisé par les événements de la journée, et très franchement, par sa vie entière là tout de suite.

– Sauver le monde n’est pas ton travail. C’est ton obsession. Une obsession malsaine qui te fera tuer. Tu m’as dit que tu étais devenu officier des FPH pour pouvoir faire une différence là-bas, comme ton père, mais si tu continues comme ça, tu vas finir comme lui.

La poitrine de Dex se serra.

– Ne dis pas ça.

– C’est pour ça que ce sont les Forces de Police Humaine. Ils ne veulent pas voir les choses à ta façon. Bon, peut-être que certains peuvent changer d’avis, certains ont probablement déjà les mêmes sentiments que toi, mais ils ne sont pas assez nombreux pour changer les choses telles qu’elles sont actuellement. Pourquoi crois-tu que le gouvernement a ouvert la branche du THIRDS ?

– Qu’attends-tu de moi, Lou ? Est-ce que tu veux que je change ? C’est ça ?

Dex se pencha vers lui, suppliant.

– Je peux le faire.

Lou secoua la tête.

– Tu es le job, Dex. Je ne pourrais pas te demander de changer qui tu es. Ce que je veux c’est que tu prennes soin de toi, et s’il te plaît, ne m’appelle pas et ne viens pas à mon travail.

Lou tira sur sa main et Dex la laissa aller à contrecœur.

– J’enverrai les déménageurs pour prendre le reste de mes affaires demain pendant que tu es au travail.

– C’est presque toute la maison, murmura Dex, faisant rapidement l’inventaire de la chambre presque vide.

Il était également presque sûr que Lou laissait quelques affaires derrière pour lui, comme le lit par exemple.

– Pourquoi crois-tu donc que c’est le cas, Dex ? Tu n’es jamais là. Je suis celui qui a fait de cet endroit une maison.

Les mots lui transpercèrent le cœur et quand il parla, sa voix était calme.

– Est-ce que j’étais si nul ?

Lou se rapprocha de lui et déposa un baiser léger sur sa joue.

– Tu es un mec super, Dex. Nous nous sommes amusés, et tu étais bon pour moi, mais nous n’étions pas faits l’un pour l’autre. Si cela n’était pas arrivé maintenant, ce serait arrivé à un autre moment.

Il passa ses doigts dans les cheveux de Dex, le geste tendre amenant un nœud dans sa gorge. Se déplaçant vers l’avant, Dex enroula ses bras autour de la taille de Lou et le serra, sa joue pressée contre sa poitrine.

– S’il te plaît, ne pars pas.

– Je suis désolé, répondit Lou d’une voix rauque en s’écartant. Je laisserai les clés dans la boîte aux lettres.

Dex hocha la tête et se laissa tomber en arrière sur le lit, le corps lourd et douloureux, à l’intérieur comme à l’extérieur. Il était si épuisé qu’il ne pouvait trouver la volonté de faire quoi que ce soit sinon rester allongé là et souhaiter que son lit veuille bien l’engloutir.

– Je suis désolé, Dex. Je le suis vraiment.

– Moi aussi, murmura Dex doucement.

Quelques minutes plus tard, il entendit la porte d’entrée se refermer et il grinça des dents. Il frotta ses yeux qui le picotaient pendant un moment avant que sa main retombe sur le lit. Il devrait se lever et se doucher. Au lieu de quoi, il resta allongé là, à regarder le plafond blanc. Dans sa poche, son portable sonna. Il l’ignora et ferma les yeux. Le téléphone fixe commença à retentir et il laissa échapper un gémissement. C’était probablement son père. Le répondeur bipa et une voix suave qui n’appartenait certainement pas à son père dériva jusqu’à lui.

– Monsieur Daley, nous souhaitions vous rappeler aimablement que votre location doit être retournée au garage avant 18 heures. Nous chargerons un jour supplémentaire sur votre carte de crédit si vous ne pouvez nous la ramener avant cette heure. Nous vous remercions d’utiliser Asia Rentals et espérons que vous passez une excellente soirée.

Dex regarda sa montre.

17 h 59

Vie. De. Merde.

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